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Le monde idéal de Maria...

 

"C’est rue de l’Evêché à Vence que se joue une merveilleuse et féconde histoire d’amour, que les protagonistes vivent dans une réciprocité de tous les instants. Ecartons le mot passion, car il implique une certaine violence exclue ici : nous sommes dans le pays idéal de Maria, d’où toute contrainte qui puisse entraver le partage est bannie.

Bien au contraire, son travail est d’ouvrir délicatement un champ où la matière et les éléments - l’argile, l’émail, la flamme, la fumée - puissent nous dire les mille choses qu’ils recèlent en leur sein. Il ne s’agit donc pas de maîtriser les choses et les techniques, en amour on ne maitrise pas, mais on laisse libre cours à l’épanouissement, on suscite chez l’autre la floraison. Le malentendu le plus courant concernant le Raku, ce sont les notions d’aléatoire, de hasard, qui présideraient au résultat final. Alors que dans l’écriture caractéristique du Raku, nous avons justement l’expression de la matière qui nous parle dans son langage, riche de significations si nous savons le lire.

Ce n’est plus l’aléatoire mais l’ouverture à un ailleurs toujours renouvelé et toujours inattendu.

Au départ, ce sont les bandes d'argile issues de la croûteuse. Les bandes ont l'avantage de se prêter à diverses utilisations. Pour le montage des formes, se situant entre le colombin et la plaque, elles permettent l'une ou l'autre technique, suivant le volume désiré : Colombin pour une forme ronde, et plaque pour une forme aplatie. La bande se prête aussi à l'estampage. Maria n'exerce pas une pression trop forte; Ainsi dans les disques convexes, les coutures (joints entre portions d'argile) restent parfois visibles. Loin de constituer un défaut, l'argile participe ainsi à la vie de la surface, avec les noirs, les blancs, et le tressaillage. La bande peut aussi se transformer en plaques, qui serviront aux ensembles muraux. Les inégalités qui se produisent lors du séchage et à la cuisson-fausse-équerre, variations minimes du format-confèrent à chaque plaque sont identité, à l'inverse de productions industrielles parfaitement anonymes. A chaque étape, Maria laisse une marge d'autonomie à la matière. 

Après séchage, c'est la première cuisson, dite "dégourdi" s'agissant de grès, qui s'effectue en four à gaz à 1030°. L'émaillage et seconde cuisson ont lieu à un autre atelier comportant un jardin. Un type d'engobe riche en kaolin est employé sur une partie de la pièce puis le tout est trempé dans une couverte (une frite, signifiant que le plomb a été cuit et ensuite réduit en poudre. Le frittage le rend insoluble aux acides et autres). Ainsi, entre la terre engobée et la terre uniquement sous couverte, se produit un contraste mat-brillant qui anime la partie blanche de la pièce. C'est maintenant la seconde cuisson; Lorsque la température de 980° est atteinte, Maria vêtue d'un équipement de pompier, sort avec une pince la pièce incandescente dans le jardin et la plonge dans une grande boîte métallique, où la sciure de bois et le papier-journal s'enflamment à son contact, produisant une fumée noire qui se dépose sur la partie non-émaillée de la pièce. Le choc thermique (de 900° à 300° environ) provoque une fissuration et des craquelures que la fumée noire remplit, donnant le graphisme spécifique du Raku.

La terre, l'émail, le feu, la fumée, jusqu'au choc thermique final, sont les moyens mis en oeuvre pour que le monde mystérieux de la matière puisse nous délivrer son message. Le rôle de Maria, sa collaboration, c'est d'agencer et de provoquer cette naissance. L'aura quasi-mystique qui entoure le raki, au Japon et chez nous, se justifie pleinement dès lors qu'à lieu une véritable communion avec le monde élémentaire."

Frédéric Voilley